Panellist #2:

Dr Mamadou Lamine BA

Vice-president Liberal International

Mesdames et messieurs,

Il m’a été demandé de participer à ce panel sous le thème : « l’impact de la crise économique mondiale sur le Démocratie et les droits de l’Homme »

Homme politique, originaire d’un continent où les problèmes de Démocratie et de Droits de l’Homme sont récurrents tout comme les questions de Développement économique, il me sera certes difficile de livrer une analyse non passionnelle et non subjective mais nous nous efforcerons de démontrer que le Libéralisme décrié à tous les carrefours n’est pas la cause de cette catastrophe économique que vit l’Humanité. Cette Humanité qui, devant cette affreuse crise mondiale combinée (alimentaire, énergétique et financière), retient son souffle, s’interroge, doute et sombre dans un pessimisme existentiel.

Du Nord au Sud et d’Ouest en Est, tous les pays de la Planète sont déprimés par la crise qui a finit de plonger même les grandes Puissantes  dans la récession : des Etats Unis d’Amérique, au Japon et en Allemagne, en passant par la France et même la Chine que rien ne semblait pouvoir arrêter dans sa fulgurante croissance économique ! Le Gouvernement Américain mobilise plus de 700 milliards  de dollars pour sauver ses banques. L’Europe se mobilise pour trouver 230 milliards d’euros afin de « sauver les meubles ». La Chine se replie sur son marché intérieur pour pallier la baisse de ses exportations due à la montée du dollar. C’est la dépression généralisée; et en ce qui concerne les pays africains, qui depuis les indépendances vivent un marasme économique chronique, n’en parlons pas.

Et l’on se met à chercher les grands coupables du subit malheur des hommes. Des inventeurs du biocarburant, aux Traders qui ont plongé les bourses du monde, en passant par les Majors du pétrole, les grands acteurs de l’économie mondiale sont tour à tour désignés du doigt, dénoncés du bout des lèvres, voire carrément cloués au pilori ; tous sont considérés comme d’affreux monstres enfantés par le Capitalisme qui, à son tour, est considéré comme une excroissance du Libéralisme.

Cela a débouché, depuis le début de l’année 2008, sur une série de révoltes, de manifestations, quelquefois violentes, d’expressions de ras-le-bol dans beaucoup de pays, sur tous les continents : on a parlé d’émeutes de la faim.  Cette situation doit pousser à la réflexion pour apporter quelques clarifications : loin de vouloir plagier Jean Paul Sartre, l’existentialiste humaniste, nous estimons qu’il est temps de revenir sur les incompréhensions qui caractérisent, depuis des siècles la définition et les objectifs du Libéralisme.

Permettez moi de constater qu’il ya une grande confusion dans la définition des  relations entre Libéralisme et Capitalisme : Nous pouvons affirmer que le Capitalisme n’est pas le Libéralisme même s’il peut être le comportement de certains libéraux.

En effet, le Libéralisme promeut la loi du marché mais permet d’atténuer ses effets pervers par l’intervention de l’Etat, si cela est nécessaire. Ce qui permet de corriger et de prévenir un Capitalisme sauvage. Si le Libéralisme doit être compris comme une doctrine globale débouchant sur une économie de marché sociale, en un mot, sur un Humanisme de fait, alors le capitalisme, lui, n’est qu’un instrument, une technique d’augmentation exponentielle du profit.

Ainsi donc le Libéralisme est une philosophie cohérente et un ensemble de mécanismes sociaux pour éviter les dérapages des techniques capitalistes. C’est une erreur monumentale de considérer le Libéralisme comme la pensée, la philosophie du mal.

C’est ainsi que les Traders, qui à force de spéculation, de manipulation de richesses virtuelles ont déstabilisé l’ordre financier mondial, sont tout sauf des libéraux car la cupidité  et l’irresponsabilité de ces « chasseurs de prime », ces créateurs d’inflation gentiment dénommés « subprimes » ne sauraient s’accommoder au Libéralisme, à ce courant de pensées né depuis la Grèce de Périclès et qui a enfanté les plus grandes valeurs de notre monde moderne : la Démocratie, la Laïcité, la Liberté, la Tolérance et l’Humanisme.

Le Libéralisme est un rempart et donc un rempart contre le Capitalisme sauvage qui a plongé le monde actuellement dans la récession. Souvenons-nous que pendant toute son évolution, le Libéralisme n’a cessé de se démarquer de tous les phénomènes et changements sociaux ou politiques qui à un moment ou à un autre de la vie des hommes ont rudoyé leur dignité et mis en péril leur Liberté. C’est depuis la Grèce antique, que la pensée libérale a prôné l’affranchissement des esclaves. Athènes a été, sans conteste, le premier laboratoire de  l’idéal démocratique, le banc d’essai où furent expérimentées les idées de Citoyenneté, d’Egalité, de Responsabilité collective.

Au plan économique, il est établi que Sir Adam Smith, le fondateur de l’école d’économie libérale classique s’est érigé contre l’esclavage, la colonisation, les cartels et les monopoles : il suffit de parcourir son « Inquiry in the origin of the Wealth of Nations » (la richesse des Nations) pour s’en convaincre. En effet, cet ouvrage, publié en 1776, expose de manière pertinente sa théorie sur les fondements moraux du Libéralisme économique. Le plus important à retenir dans la pensée de Adams Smith, est l’idée de partage des richesses ; car il y stipule que « s’il est permis à tout homme de créer  et d’accumuler des richesses, en retour nul ne peut jouir seul de toutes ses richesses sans les partager avec les autres, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou non ». Donc, le sens du partage, de la solidarité est bien compris dans la théorie économique libérale. Certainement ces traders, cette jungle de spéculateurs qui font autant de tort au Libéralisme ne l’ont pas compris ; et sous cet angle, on ne saurait les qualifier de Libéraux. Nous voyons donc, pour lever toutes les équivoques qui entourent la compréhension actuelle du Libéralisme, il faut impérativement se rappeler que les grandes idées qui ont sorti l’Humanité de l’arbitraire, de la barbarie, qui ont provoqué les grandes révolutions démocratiques ayant abouti à la laïcité, à l’Etat de Droit, à la dernière révolution américaine de novembre 2008, que Tocqueville avait prédit en filigrane (dans « De la Démocratie en Amérique ») sont bel et bien les idées libérales : alors, le Libéralisme ne saurait être ce monstre hideux qui dévore l’Humanité !#

Nul ne peut ignorer que c’est John Maynard Keynes, un libéral qui a étudié l’origine du crash de Wall Street en 1929 a inspiré le new Deal de Roosevelt pour relancer l’économie américaine. Avec lui on a certes accepté l’idée de l’autorégulation du marché par la main invisible, mais aussi l’on a compris qu’il ne faut avoir aucun complexe à recourir à l’interventionnisme si une dépression subite, due à des causes naturelles quelquefois non maitrisables par les hommes, surgit. En image, un pilote de ligne a beau faire confiance aux instruments de commande automatique de son avion, mais il saura reprendre les choses en main chaque fois qu’une turbulence surgit durant le vol. C’est cela qui est arrivé ces dernières semaines et que certains analystes ont qualifié de retour de l’interventionnisme, quand la grande Amérique rassemble des centaines de milliards de dollars pour sauver ses banques et son industrie automobile. Interventionnisme ne veut cependant pas dire mort du Libéralisme et retour de l’Etat omnipotent : l’interventionnisme est plutôt un instrument du Libéralisme.

Nous avons appris que Friedrich Naumann qui est l’une des éminences grises du Libéralisme allemand au début du XXème siècle a été un grand porte étendard de l’aspect social du Libéralisme. Pendant la même période un autre penseur Allemand Wilhelm Röpke a théorisé l’économie sociale de marché, le « démarreur » du miracle économique de la RFA après la 2ème guerre mondiale, mis en œuvre par le célèbre Ministre de l’économie Erhard devenu chancelier.

Ces héros du Libéralisme social ne devraient pas être heureux de s’entendre dire, aujourd’hui, que Libéralisme signifie Capitalisme. Tout ceci prouve s’il en était besoin que le Libéralisme est loin d’être ce monstre hideux qui se nourrit des faibles !

Il est vrai que, sous Reagan et Thatcher, des idées et des pratiques néolibérales ont débouché sur la trilogie : Privatisation, Déréglementation et Globalisation, mais les attaques contre le Libéralisme et la présente tendance à lui imputer la responsabilité du désordre économique mondial actuel, ne relèvent que des incompréhensions qui, malheureusement, continuent d’entourer sa définition et surtout de l’intoxication des nostalgiques du Socialisme, dont le système politique a fini de prouver son incohérence et son incapacité à résoudre les problèmes de pauvreté, après que l’on ait fait miroiter à l’Humanité, pendant plusieurs siècles (depuis la fin du 18ème), les vertus chimériques de l’Etat providence.

Qu’en reste-t-il d’ailleurs ? Que reste-t-il du Socialisme français des années 20 ? Que reste-t-il de la Révolution d’octobre 1917 et de toutes celles qui l’ont suivie ? N’est-il pas temps de s’interroger sur ce que le « Socialisme africain » que les Senghor, Nyerere,  Kenyatta  et autres ont voulu réinventé coûte que coûte,  a apporté  à l’Afrique

Le temps est venu de faire comprendre aux jeunes générations que le mouvement révolutionnaire a été usurpé et galvaudé par les bolchéviks alors qu’il a toujours été l’apanage des libéraux. Oui, le Libéralisme a été de tout temps une doctrine révolutionnaire. En 1215 déjà, les braves chevaliers anglais, après avoir défendu Londres des barbares, ont opéré une douce révolution en réclamant au Roi Jean Sans Terre plus de liberté. C’est cette révolution qui a débouché sur la Magna Carta, texte fondamental des Droits et Libertés, qui a influencé toutes les autres révolutions et les constitutions de tous les pays démocratiques.

Pour revenir à l’économie libérale, interrogeons nous sur les performances de la Chine, avec son taux de croissance de plus de 10%, depuis qu’elle a découvert les vertus de l’économie de marché.

Sait-on que c’est, entre autres, par les préceptes de l’économie de marché que la Russie résiste et continue de faire partie des puissances économiques du monde, malgré l’éclatement de son empire avec la Perestroïka et la Glasnost.

Convenons en, le Libéralisme n’a rien à voir avec le Capitalisme. D’ailleurs, si l’on y regarde de plus près, il y’a suffisamment d’arguments pour affirmer que le Libéralisme est plutôt contre le Capitalisme. Adam Smith nous l’enseigne en décortiquant les trois notions fondamentales de sa pensée économique que sont le travail, la concurrence et aussi l’équilibre. Pour Smith, la concurrence est un facteur régulateur de la création des richesses qui permet d’éviter le déséquilibre et les monopoles. Sa théorie combinée à celle de Keynes, l’apôtre de l’interventionnisme stratégique pour éviter les dépressions économiques, prouve l’évidence de l’opposition du Libéralisme au Capitalisme.

Au bout du compte, tout ce qui se fait aux USA, en France, et même au Sénégal, pour stopper la dépression par l’intervention de l’Etat, est une recette bien libérale, celle de Keynes, celui-là même qui conduisit la délégation britannique aux négociations de Brettons Wood, en 1944.

C’est dans le même ordre d’idées qu’il faut comprendre la proposition du Président Wade de réformer le système monétaire international.

Pour conclure, il y’a lieu, Mesdames et Messieurs, de se demander enfin en quoi le Libéralisme peut-il avoir tort devant cette crise ? Quand l’on sait que ses principes fondamentaux en matière économique n’ont pas été appliqués ou l’ont mal été ; partout dans le monde, des gouvernements d’obédience socialiste  n’ont pas réussi à élaborer des politiques d’accompagnement de la mondialisation que nul ne peut désormais arrêter. Certains crient à tous les carrefours qu’ils sont altermondialistes au lieu de chercher à se faire une place par le travail et la compétitivité dans le train de cette mondialisation. C’est à ce niveau où se trouve le combat. Les solutions à cette crise sont libérales et nul ne saurait les trouver ailleurs.

Le monde doit se libérer définitivement du Socialisme, adopter définitivement les valeurs fondamentales de Liberté, de Démocratie, les recettes de l’économie sociale de marché : c’est là que nous verrons que le Libéralisme est un Humanisme. Je vous remercie de votre aimable attention en vous recommandant la lecture d’un article publié par son Excellence Maitre Abdoulaye Wade dans « le Monde » du 19 janvier 2009 sur la situation économique du monde et le rôle que l’Administration OBAMA devrait jouer pour venir à bout de cette récession : cet article est à chercher dans www.lemonde.fr Abdoulaye Wade.