Opening Speech

Annemie Neyts

Monsieur le Vice-Président de Malawi,
Monsieur le Ministre d’Etat,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Ladies and Gentlemen,

Chers Amis, Dear Friends,

C’est un grand honneur pour moi, et pour l’International Libérale, que de pouvoir vous adresser la parole à l’occasion de l’ouverture de la Conférence consacrée à l’Avenir du Libéralisme en Afrique.

Permettez-moi de saluer et de remercier d’emblée les hôtes de cette conférence et des réunions de l’Internationale Libérale, à savoir le PDS et son dirigeant, Maître Abdoulaye Wade. Maître Wade a en effet été le premier à croire aux potentialités libérales en Afrique, pour l’Afrique. Il y crut en un temps où même les libéraux n’y croyaient pas trop. Il eut, bien avant nous, la prémonition que le libéralisme est porteur de potentialités, de chances de développement pour l’humanité en général, et pour l’humanité africaine en particulier. Il nous a montré le chemin, et nous lui en sommes infiniment reconnaissants.

Liberal International owes him more than gratitude. We owe him gratitude because he has demonstrated to us, over the years, that this, our liberal creed, has indeed a universal value, that it is not, as even we ourselves have tended to believe, a western or occidental luxury in which people can only begin to revel after their most basic needs have been fullfilled.

 

Ladies and Gentlemen,

Liberal International will celebrate it’s fiftieth anniversary next year. It was indeed founded in 1947, in Oxford, by liberals of just nineteen countries, all of them countries of the Western hemisphere.

Today our membership has grown tremendously. Today we have 71 affiliates in 52 countries from all over the world: in the whole of Europe, in North America, in Central America, in South America, in Asia and last but by no means least, in Africa.

Our organisation has grown steadily in these fifty years, but the growth has been greatest during the last fifteen years. Our increased membership and its evolution demonstrate, for all to see, that liberalism is not a creed inherited from the past, but that it is a creed fit for the future.

Maître Wade fut un des premiers à nous montrer le chemin. Pendant de longues années, ce fut lui qui vint à nous. Nous avons mis longtemps à venir à lui, mais sa patience et sa détermination n’ont pas été vaines puisque nous voici, enfin, réunis en son pays et en sa capitale. L’importante présence de nombreuses délégations d’autres pays africains prouve combien il a fait d’émules, combien d’espoirs il a, à juste titre suscités.

Mesdames et Messieurs, si nous avons mis beaucoup d’années à enfin nous réunir en Afrique, ce n’est pas, comme vous pourriez le croire, parce que nous manquions de foi ou d’espérance. C’est aussi et surtout, parce que les moyens nous ont fait défaut.

Je sais bien que libéralisme et capitalisme sont considérés par beaucoup de personnes comme des synonymes parfaitement interchangeables. En un mot, libéralisme est synonyme de richesse pour beaucoup de personnes. Or, il n’en est rien. Je n’en veux pour preuve que le seul fait que l’Internationale Libérale n’a pas d’autres moyens de subsistance que les cotisations des partis affiliés. Ce seul fait explique que nous ayons mis longtemps à pouvoir nous réunir ailleurs que dans notre berceau européen. Une gestion prudente et – il faut le reconnaître – une collecte plus rigoureuse des contributions des partis affiliés nous permet depuis peu d’envisager des réunions à des endroits plus éloignés du secrétariat londonien. Il n’est que justice que l’un des premiers endroits élus soit le Sénégal, berceau du PDS et de Maître Wade.

Mesdames et Messieurs, c’est avec humilité que je m’adresse à vous. Lorsque l’Internationale Libérale fut créée en 1947, le monde émergeait à peine d’un cataclysme mondial que des pays européens avaient déclenché. Le manifeste libéral adopté alors proclame sa foi en la liberté, la dignité et l’égalité de tous les hommes, mais il ne souffle mot de la colonisation. La fin de celle-ci est comme inscrite en filigrane dans le manifeste, mais enfin il faut reconnaître qu’il n’en est pas fait mention. C’est vous dire combien le chemin à parcourir était encore long.

Il nous a fallu en effet beaucoup de temps pour reconnaître véritablement l’universalité des valeurs que cependant nous proclamions. Lorsque fut enfin venu le temps de l’indépendance des peuples et pays que l’Europe avait colonisés, le libéralisme est apparu comme soit obsolète, soit inapplicable. Obsolète il apparut parce qu’on l’assimila au capitalisme colonisateur. Et on le crut inqppliquable parce qu’on a prêté foi aux sirènes marxistes qui prônaient que la liberté, que les libertés dites formelles ne pourraient être instaurées qu’après avoir satisfait aux besoins immédiats et urgents.

Marxism and socialism have made humankind believe that individual freedom and individual initiative and entreprise are unable to provide food, shelter, health and well-being for the large number. Marxism and socialism have made humankind believe that plans devised by a small elite would ensure better results than the combination of the millions of undertakings and initiatives set up by free citizens. Failure after failure after failure has demonstrated how false these presumptions are. In the meanwhile millions of women, children and men have paid a dismal price for the belief in these myths. Today it is finally dawning on almost the entire humanity that individual freedom is the most powerfull lever for development, growth and progress.

Today it is finally dawning that this is true for all humankind, and not just for those born in aflluence. Liberalism, however, cannot and should not be equated solely with individual freedom. To begin with, individual freedoms limit one another and must respect one another. My freedom ends where your freedom begins, and vice-versa. To ensure this, the rule of law must be established and must always prevail. Formerly authoritarian, dicatorial or autocratic regimes know no such rule of law, they only know privileges for the few and subservience for the many.

Le libéralisme, en tant qu’il reconnaît chaque personne comme citoyen, montre la voie vers l’état de droit. L’Etat de droit en effet contient l’ensemble des règles qui permettent d’établir et de maintenir ce qu’on appelle la société civile, qui désigne la société dans laquelle les citoyens se voient garantir le droit de s’assembler, de s’organiser et de l’exprimer librement.

Ces droits-là ne sont aucunement des droits de luxe et encore moins des libertés formelles; ces droits-là sont au contraire tout à fait fondamentaux pour que les êtres humains puissent devenir des citoyens, pour qu’ils puissent, en d’autres termes, construire leur vie, leur communauté, leur cité, leur état.

Mesdames et Messieurs, il nous a fallu cinquante ans pour redéfinir aussi simplement, aussi clairement les principes fondamentaux du libéralisme, et encore, nous n’y avons pas grand mérite. Bien plus grand est le mérite de ceux qui partout au monde, en Afrique, en Amérique centrale et latine, en Asie, se sont libérés des idéologies fallacieuses, des dictatures et de l’autoritarisme.

Vous êtes de ceux-là. Nous vous en remercions et nous vous offrons notre appui.

Annemie Neyts-Uyttebroeck

Dakar, 24/10/1996